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voila un article trouvé sur internet, tres interressant et tres
lucide.
Afrique. Un état des lieux et une question : pourquoi nos économies ne décollent pas ?
samedi 21 juillet 2007 | par Alois Kanyinda Kasanda
Malgré les minerais et les potentialités intellectuelles et humaines du continent, les économies africaines ne décollent pas et se trouvent dans l’incapacité de
rivaliser même avec les pays dits de l’ex-Union soviétique. D’une façon globale les africains attribuent la faute et toutes les lacunes de leurs économies à la puissance coloniale.
Nous entendons souvent dire que rien ne fonctionne chez nous, du fait de la dépendance économique et culturelle qui a pour corollaire le pillage et l’exploitation catastrophique de nos richesses,
entretenus par les anciens pays colonisateurs. La France et à la Belgique sont les principales cibles de ces dénonciations, car pourfendeurs du prolongement de l’exploitation économique sous
diverses formes, et tout particulièrement à travers le réseau de la Françafrique.
Cet aspect qui gangrène nos économies est bien connu et reconnu. Mais qu’avons-nous fait pour endiguer ces réseaux et prendre en main notre développement ? Pourquoi nos économies ne décollent pas ?
Est-ce une fatalité de voir ces différentes économies reculées là où les économies des pays de l’Est prospèrent ? Qu’est-ce qui manque réellement aux africains pour se nourrir à leur faim alors
qu’ils ont une terre fertile et les ressources minières nécessaires ? Il est temps que les Africains se prennent en charge et mettent tout ce qu’il faut en œuvre pour retrouver leur dignité perdue.
Cette dignité ne peut se reconquérir que dans une dynamique qui passe par la prise de conscience de notre situation économique réelle.
Mais avant que l’Afrique ne se mette durablement sur ce chemin du développement économique et commence à exister comme toute entité respectable, il convient dans un premier temps que les Africains
eux-mêmes établissent un état des lieux. L’objet de cet état des lieux est de définir les causes réelles et profondes qui plombent nos économies.
Tant que les Africains ne réaliseront pas ce travail de remise en cause personnelle, tout un continent restera réduit à néant face aux grandes institutions financières internationales, sans aucun
poids dans les décisions qui sont en très grandes parties subies par les peuples africains. L’état des lieux que nous envisageons dans cet article n’est pas exhaustif. Il constitue un bon départ,
bien que tardif, mais nécessaire et indispensable pour nos générations futures. Cet état des lieux est un moyen pour nous Africains de nous débarrasser des vieux démons, d’abandonner nos discours
qui trouvent la responsabilité de nos problèmes dans l’histoire coloniale.
Prenons l’exemple sur le Japon qui est partit de rien après la seconde guerre mondiale, pour devenir un grand pays industriel et respecté dans le monde des affaires. Nous pensons que les causes de
nos maux sont multiples mais par ordre d’importance ces quatre points sont à traiter avec urgence pour permettre à nos économies d’avoir une bonne assise :
1. Un modèle économique africain basé sur nos réalités du terrain.
Le système économique africain cherche depuis les indépendances à copier à tout prix le modèle occidental sans en avoir les fondements, les moyens et les ambitions. La conséquence de ce type de
management importé, sans enracinement réel et fort, se caractérise par un manque de repères de nos économies. L’Afrique a besoin, au même titre que les pays asiatiques et les pays occidentaux, d’un
modèle propre, qui tienne compte de ses propres réalités. En effet, le tissu économique africain ne regorge pas de petites et moyennes entreprises.
Le système bancaire ne dispose pas suffisamment de fonds propres pour faire face à la fois aux besoins de financement des entreprises et aux ratios cook. Ces deux premières contraintes des
économies africaines font la force des économies occidentales. Comme les pays africains ne disposent pas de ces avantages, notre conviction d’un modèle économique propre à l’Afrique s’en trouve
renforcée. Les économies africaines portent en grande partie sur une activité largement informelle.
En effet, les mères africaines sont les piliers de nos familles. Ce sont elles qui soutiennent leurs ménages dans un continent où le travail ne permet plus de joindre les deux bouts du mois.
Pour y parvenir, elles se retroussent les manches et vendent au détail dans les marchés. Leur rôle est comparable à celui des petites et moyennes entreprises, car les deux constituent le poumon des
économiques africaines et occidentales.
Mais, la comparaison s’arrête là car en réalité, les autorités économiques des pays développés ont compris l’intérêt qu’apportent les petites et moyennes entreprises dans la création de la richesse
d’un pays (le produit intérieur brut). Cette prise de conscience a poussé les pays occidentaux à mettre en place les conditions juridiques, fiscales et financières qui permettent l’épanouissement
de ces entités.
A l’inverse, en Afrique, le travail très utile que réalisent les femmes commerçantes n’est pas assez valorisé. Au lieu d’aider ces femmes à consolider leurs commerces et créer véritablement de la
richesse, nos autorités politiques et économiques y trouvent plutôt une bonne source de racket et de taxation, qui ne sert qu’à enrichir ces derniers. Ce comportement ne favorise nullement
l’expansion économique des pays africains. De ce point de vue, ce n’est pas les colons qui plombent nos économies, c’est bien les fils et filles de notre continent qui provoque notre déchéance, et
donc notre humiliation au niveau international.Au lieu de cautionner ce comportement en rejetant nos échecs sur les autres, il est plutôt indispensable de réfléchir ensemble sur comment faire pour
développer l’aspect informel et donner une nouvelle impulsion à nos économies.
Comment organiser la tontine de nos mères pour développer un système de micro-crédit ayant des fonds purement africains. La solution de notre développement économique passe néanmoins par une
solution étatique, qui seule peut donner des un cadre, des garanties et une protection à cette tranche active de population. De telles mesures peuvent constituer une bonne base pour notre modèle
économique. Il n’est pas question d’arrêter tout et de refaire le monde. Il faut plutôt s’intégrer davantage dans une économie qui se mondialise de plus en plus, tout en renforçant ses bases pour
faire face aux aléas que réservent les dépendances économiques.
2. L’insouciance, Le manque d’aspect prévisionnel et de vision globale sur une longue période.
Dans toute entité organisée (entreprise ou pays) il convient de définir à une politique économique globale, qui se réajuste ponctuellement en cas de choc aléatoire. La nécessité d’une vision
économique globale prend davantage son sens dans un environnement économique où la survie de tout un continent est engagée, et où les montants mis en jeux sont colossaux. En d’autres termes, la
gouvernance économique exige des choix qui nécessitent la définition d’objectifs globaux clairs et la hiérarchisation des priorités. Il faut par-dessus tout qu’il y ait une adéquation entre la
politique économique globale et la politique financière de l’Etat.
Mais en Afrique, l’organisation se limite à une gestion au quotidien, avec pour conséquence l’imprévision et la contradiction des décisions stratégiques. La faute est en grande partie attribuable
au manque de projets de société, qui intègrent l’aspect économique. Au dessus intervient aussi l’incompétence de nos dirigeants, et surtout le manque de formation adéquate.
En réalité, les autorités économiques ne sont pas assez bien préparées aux fonctions et tâches qu’elles assument. Cette incompétence a des répercutions qui vont même au-delà des territoires
nationaux. Comment voulez-vous qu’une personne qui n’a aucune formation économique soit à même de négocier les contrats économiques et défendre correctement les intérêts de nos Etats ? Surtout
quand ce dernier a en face de lui les meilleurs avocats et des jeunes managers bien formés dans les grandes universités et écoles de management. Nous aurons implicitement bien compris que la
formation constitue un enjeu important dans notre dispositif de développement économique.
3. La corruption et la connivence avec les grands groupes multinationaux.
Nous savons tous ô combien le système économique et politique africain est infecté par la corruption. Nous évoquons ici un exemple de corruption qui plombe dangereusement nos économies.
Cette corruption est dangereuse car elle engage dangereusement nos générations futures. En effet, la magistrate EVA Joly a révélé un système de corruption développé par nos dirigeants africains en
connivence avec les grands groupes multinationaux.
Pour bien comprendre, il convient d’abord d’expliquer le système d’application des taux d’intérêt, lorsqu’une entreprise ou un pays cherche des financements auprès d’une banque. Les entreprises et
les pays sont notés par les agences que l’on appelle « agence de notation ou agence de rating ». Chaque note attribuée à chaque pays correspond au risque de non remboursement de la dette ou au
risque que l’entreprise ou le pays ne tienne pas son engagement. A chaque note correspond un risque et à chaque risque correspond une prime de risque. La prime de risque est le prix que le pays ou
l’entreprise paie à la banque.
C’est donc dans cette perspective que l’on parle de taux sans risque auquel s’ajoute une prime de risque. Le taux sans risque correspond par exemple au taux fixe versé sur les obligations d’Etat.
En d’autres termes, quelque soit les conditions, on obtiendra le taux sans risque. Les banques se servent donc de ce taux sans risque comme base à laquelle elles rajoutent une prime de risque.
En réalité on parlera par exemple du Libor+3%. Cette procédure de formation des taux d’intérêt est noble, mais les dirigeants des Etats africains l’utilisent pour gonfler les dettes de nos pays. Le
dispositif est bien rodé car les autorités en complicité avec des grandes banques internationales empruntent virtuellement sur la base par exemple du Libor +3 % (ce qui correspond au taux d’intérêt
en fonction de la note du pays). Mais en réalité, le montant de la dette est contracté par une société multinationale dont le niveau de risque exige uniquement un taux Libor. Le montant est reversé
au pays via une société off short.
En réalité le pays est endetté à Libor alors que la dette fictive que supporte réellement le pays est en Libor+3%. La différence est redistribuée entre les acteurs du montage. Voici une fois de
plus des pratiques qui plombent nos économies et qui exigeront des efforts supplémentaires à nos populations.
4. Le manque de formation qui empêche la bonne taxation des résultats des grandes entreprises multinationales.
Le développement du système financier international a permis l’émergence des produits financiers complexes et des montages financiers encore plus complexes : LBO, Private equity. Tous ces
produits sont difficiles à manipuler. Avec la mondialisation ces instruments, apportés par les entreprises étrangères, devraient apparaître très prochainement dans notre système économique.
La difficulté pour nos pays se trouve une fois de plus dans le manque de formation adéquate des agents économiques et en particulier ceux des impôts. En effet, cette carence de formation
entraîne une perte sèche pour les Etats, car dans une telle perspective il est difficile à nos agents d’impôt d’apprécier et de taxer correctement la rentabilité de ces instruments dont les
entreprises étrangères ne manqueront pas de servir pour exploiter toute sortes de richesses en Afrique.
Cet aspect formation est primordial et nous devons à tout prix refaire notre retard dans ce domaine. Pour y parvenir, nous devons inciter les jeunes Africains à se former dans les filières
financières de pointe, telles que la finance de marché. Nous devons également inciter nos jeunes à s’orienter vers les métiers d’avocat d’affaires. Nous devons enfin exiger de nos dirigeants qu’ils
favorisent, encouragent et de financent ces formations. La formation constitue un aspect stratégique très important comme le démontre cet exemple.
En réalité lorsque les grandes entreprises multinationales viennent conclure des contrats d’exploitation avec nos gouvernants, elles s’entourent des plus grands cabinets juridiques du monde.
Ces cabinets ficellent les contrats en faveur de leurs clients et nous laisse un minimum de marge de manœuvre. Ces contrats de concession qui sont principalement établis sur des périodes d’environ
50 années comportent des clauses de sortie ou de rupture très contraignantes pour les Africains.
De plus, les bénéfices réalisés par ces entreprises sont totalement rapatriés dans les pays occidentaux d’Europe ou d’ailleurs, sans que la taxation ne soit une fois de plus correctement
appliquée.
Vous aurez compris que si nos jeunes sont très bien formés, et que nos chefs d’Etat arrêtent de faire systématiquement appel aux soi-disant experts internationaux, l’Afrique réduirait
considérablement ce problème de contrats défavorables et pourrait rééquilibrer les rapports de forces.
Par Karine et Vincent
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